Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

Élément strictement artistique ou document technique, le scénario peut avoir un double rôle dans la réalisation d’un film, qu’il s’agisse de court ou de long métrage. De là à dire qu’il est indispensable, il n’y a qu’un pas, mais peut-on le franchir ?

On entend communément par « scénario » le document écrit qui reprend les éléments de l’intrigue d’un film, mais aussi les dialogues et parfois, des indications techniques visant à guider sa réalisation. Composé de scènes ou de séquences, le scénario doit être écrit selon des normes assez précises (la forme). En effet, il ne s’agit pas d’un roman, ni d’une nouvelle. La narration doit donner des indications précises et factuelles de ce qui va se passer à l’écran et que le spectateur va voir. Est par exemple banni le pronom indéfini « on », qui, comme son nom l’indique, ne définit pas suffisamment l’auteur d’une action[1].

Pour autant, il ne faut pas négliger son contenu (le fond) : l’intrigue, l’histoire, le récit. Être scénariste, c’est avant tout raconter une histoire, au même titre qu’un romancier, bien que la forme de l’écrit diffère. Le scénariste a donc des contraintes formelles à respecter, mais il est totalement libre de son sujet, de son thème, de la structure et de l’histoire qu’il veut partager avec, non seulement des lecteurs, mais également les futurs spectateurs.

Pour le tournage, certains se contenteront d’une page de synopsis et d’autres s’armeront d’une continuité dialoguée détaillée, où ils ajouteront des éléments d’ordre technique : échelles de plans, types de cadrages et mouvements de caméra envisagés, durée des scènes ou séquences, musique, lumière, indications de mise en scène ou de jeu d’acteur, etc. Que le scénariste se destine à être le réalisateur de son œuvre ou pas, il est très important qu’il précise au maximum sa pensée dans ce document, afin que tous les autres intervenants de la production comprennent précisément où il veut en venir[2]. Le cinéma se fait décidément à plusieurs !

Souvent négligé par le scénariste isolé qui écrit seul chez lui, la relecture fait partie intégrante de la création et il est primordial d’obtenir un ou plusieurs retours, de la part de professionnels ou non. Le scénario étant destiné à servir d’outil de travail pour une grande partie de la production du film, la réécriture est monnaie courante. Pourtant, c’est une étape délicate à passer pour le scénariste qui contemple son œuvre déformée, reformulée, remaniée. Le scénario est en effet amené à être modifié tout au long de sa « carrière ». Par ailleurs, dans tous les dossiers de demande d’aide ou d’inscription aux festivals, c’est un élément attendu qui doit être à la fois clair, lisible, bien présenté et sans faute.

Alors, le scénario, indispensable ou pas ?


[1] « On entend des bruits de pas », « on voit derrière Patrick »… Qui est « on » ? Le spectateur ? Le réalisateur et/ou son équipe ? Un personnage de l’intrigue ? Toutes ces personnes à la fois ? Les propositions directes sont donc beaucoup plus efficaces pour rendre compte d’une action : « des bruits de pas retentissent », « une silhouette apparaît derrière Patrick ».

[2] Les acteurs se serviront du scénario pour apprendre leur texte, mais y trouveront peut-être aussi des indications de jeu, de ton, de mise en scène (qui pourront évidemment être complétées à l’oral). Les techniciens du tournage ou du montage pourront l’utiliser pour se faire une idée du film que le scénariste avait en tête en l’écrivant (cadrages, lumière, son, musique, etc.).


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.